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Abolition de l’esclavage : Réelle ou Factice ?

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Depuis 2006, la France commémore officiellement le 10 mai la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. Cette date correspond à l’adoption de la loi Taubira par le Parlement, le 10 mai 2001, reconnaissant la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme crime contre l’humanité.  A cette occasion, retour sur le deuxième décret de l’abolition de l’esclavage en France, signé le 27 avril 1848, qui dans les faits est ambigu car il ne définit pas le statut des esclaves post-abolition. Beaucoup d’entre eux continuent de travailler « au service de la France ».

 

L’esclavage, source d’économie fleurissante

Il faut tout d’abord se remettre dans le contexte de l’époque. La traite des noirs constituait un avantage économique considérable pour les pays européens. Disposer d’une main d’oeuvre gratuite n’étaient pas négligeable, bien que l’esclavage était interdit sur le sol français depuis le 14 siècle par une loi du roi Louis X. D’ailleurs, l’esclavage fut abolit une première fois juste après la révolution française en 1794 et rétabli en 1802 par Napoléon Bonaparte avec le traité d’Amiens. Malgré quelques révoltes, notamment en Guadeloupe, l’esclavage se remet en place au fur et à mesure dans les différents territoires.  Cette discrimination se caractérise également en métropole avec la mise à l’écart des officiers noirs dans l’armée ainsi que l’interdiction des mariages mixtes. Malgré ce contexte, des voix pour l’abolition parviennent toujours à se faire entendre. Bonaparte décrète l’abolition de la traite négrière lors de son retour en 1814. Après sa capture, le traité signé finit aux oubliettes et les navires affluent jusqu’en 1830. Plusieurs mesures sont prises pendant la monarchie de juillet, mais c’est le retour de la République en 1848 qui entérine définitivement l’abolition.

 

Victor Schoelcher, humaniste controversé

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Victor Schœlcher

Un homme va devenir le symbole de cette loi : Victor Schoelcher. A partir de 1832, il se consacre entièrement au journalisme. Après différents voyages en Afrique subsaharienne, pour étudier l’esclavage pratiquer par les musulmans, la lutte contre ce phénomène deviendra l’un de ses grands combats. Il rédige quelques ouvrages sur la condition des noirs et des esclaves, dont celui retraçant le parcours de Toussaint Louverture, figure de  la révolution haïtienne. C’est lorsqu’il devient sous secrétaire d’Etat au ministère de la marine que tout s’accélère (1848). Il profite de son rôle de président de commission d’abolition de l’esclavage pour faire signer une série de 12 décrets, promulgués le 27 avril 1848.  Bien que ce texte soit une avancée, il ne change en rien la condition des noirs. Victor Schoelcher, alors président de la Commission pour l’abolition de l’esclavage, a d’ailleurs dédommagé financièrement les esclavagistes au travers d’une loi votée le 30 avril 1849. Le Décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 dispose en son article 5 : « L’Assemblée nationale réglera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons » 

 

Les raisons de l’abolition

Tout d’abord, le gouvernement de l’époque a été contraint de faire voter cette loi un peu sous la pression des révolutions naissantes dans les différents territoires. Initialement, le sous-secrétaire Schoelcher avait prévu un texte de loi visant à humaniser l’esclavage et non à l’abolir. Après la révolution haïtienne de 1804 impulsée par Toussaint Louverture, les dirigeants de l’époque veulent à tout prix éviter ce scénario qui vit Haïti obtenir son indépendance. Ensuite l’autre raison pour laquelle la France choisit d’abolir l’esclavage est économique. Avec la révolution industrielle, il est devenu moins rentable de faire travailler les esclaves et surtout de les entretenir. On peut prendre pour exemple les champs de canne à sucre, qui était une des principales activités effectué par les esclaves. Après que le scientifique allemand Andreas Margraaf ait découvert que les cristaux sucrés issus de la betterave étaient identiques à ceux du sucre de canne (1747), la France de Napoléon décida de développer cette activité. L’exploitation des champs de canne à sucre devient obsolète. Les vraies raisons de l’abolition ne sont donc pas humanistes, d’autant qu’à l’esclavage se substitut le système colonial. Pour rappel, les esclaves Martiniquais ont arraché eux-mêmes leur liberté,  avant que le décret d’abolition ne parvienne jusqu’à eux. Ils se sont révoltés le 22 mai 1848 et ceci oblige le gouverneur Rostoland, à prendre un arrêté, le 23 mai 1848, pour l’abolition de l’esclavage en Martinique.

 

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Révoltes des Martiniquais

 

Abolition mais pas de liberté

Les douze décrets n’avaient pas prévu qu’il y aurait de nouvelles colonies donc de potentiels nouveaux esclaves. Dans ces nouvelles terres (la plupart en Afrique), la loi s’applique « au cas par cas » Un décret qui date du 18 octobre 1855, permet à certains possesseurs d’esclaves de conserver leur acquisition en qualité de « captifs ». Une sorte de compromis pour ceux qui se sentent lésé par le décret d’abolition. Ils estiment devoir bénéficier d’une « compensation  » pour le manque à gagner dont ils seront victime une fois que leurs esclaves seront libérés. L’Etat français va donc mettre en place des « villages de liberté, ce qui permet aussi à l’administration de disposer de main d’oeuvre à moindre coût. D’ailleurs certains tirailleurs sénégalais viennent de ses villages. Il faut attendre un décret en 1905 pour que l’interdiction s’applique à l’Afrique-Occidentale.

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