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Sapologie : passe-temps ou potentiel inexploité ?

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Depuis plusieurs années, on constate une « démocratisation » de la sapologie. Celle-ci se retrouve dans nos clips favoris, sur les podiums des défilés de mode des plus grands couturiers, jusqu’aux programmes diffusés sur nos petits écrans. Mais qu’en est-il réellement aujourd’hui de ce phénomène ?

Un vecteur de « Congolexicomatisation » 

Attitude et mode vestimentaire originaire des deux Congo (Kinshasa et Brazzaville), La SAPE est définie comme La Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes. À l’origine, il s’agissait d’un style adopté par les autochtones pour imiter le style vestimentaire et les manières des colons. Au cours des années 1960-80, il se popularise et se développe même au-delà des frontières des deux Congo.

L’influence de la sapologie dans la Haute-Couture se fait remarquer dans les défilés, comme ici  en 2010, au défilé de Paul Smith, collection printemps-été.

Dans le clip Losing you de Solange (sorti en 2012), on observe toute une mise en scène autour la Sapologie. L’environnement se rapproche énormément des quartiers de Kinshasa ou de Brazzaville. Les personnages du clip portent des costumes très colorés, accompagnés d’accessoires : cannes, parapluies, chapeaux, lunettes… Une évidente référence à l’univers authentique des sapeurs.

Jidenna y fait également référence dans son clip Classic Man en 2015en featuring avec Roman GianArthur. 

Mais c’est en France que la sape crée un véritable buzz ces dernières années. On attribuera ce succès notamment au  sketch Sapologie de Dycosh, mais aussi et surtout à la participation du sapeur de renom Norbat de Paris à l’émission les Rois du Shopping, qu’il remporte d’ailleurs pour sa première diffusion.  

Maître Gims l’invite dans son clip vidéo Sapés comme jamaisen featuring avec Niska. Le clip fait plus de 329 millions de vues sur Youtube et met en avant le style vestimentaire des sapeurs. Djuna Djanana, son père, et artiste ayant contribué à valoriser la musique congolaise, y apparaît également.

Plus récemment, sept à huit diffusait un reportage sur les sapeurs de France. Force est de constater qu’ici encore, les sapeurs consommaient plus qu’ils ne gagnaient. Seule nouveauté : la présence quelque peu inattendue de quelques initiés blancs, nouvellement adepte du lifestyle, et preuve de la capacité de cette communauté à influencer au-delà des frontières.

Le phénomène s’imprime si bien dans l’esprit des français que lorsque l’on parle de la culture congolaise, ceux-ci pensent automatiquement à la manière de s’habiller  quelque peu excentrique de ses membres.

Aujourd’hui, les codes de la sape continuent de fasciner et d’influencer au delà des frontières. Dernier exemple en date: le clip All The Stars (Kendrick Lama et SZA), bande originale officielle du film Black Panther, dans lequel figure ceux qu’on aime appeler des « gentlemen of Bacongo ». 

                 

Consommer, consommer et encore consommer…

L’ampleur que prendra le phénomène Sapé Comme Jamais après la sortie de son clip montre que la Sapologie est une passion qui peut se transmettre de génération en génération pour les Congolais, et en un sens être interprétée comme un héritage culturel.  Depuis que la chanson a été récompensée aux victoires de la musique, et le clip massivement diffusé, on accepte que certains aient choisi de faire du fait de bien s’habiller un métier à part entière.  (Créateur, styliste, blogueur ou influenceur mode). Mais à qui profite le mouvement des Sapeurs ? Costumes, vestes, manteaux, chaussures, ces outfits de marque peuvent coûter jusqu’à 5000€, voire plus (et c’est sans compter le budget alimentaire…).

Un savoir-faire qui ne demande qu’à être approprié

Avec un peu de recul, on remarque que les Sapeurs à proprement dire (fondateurs ou pionniers du mouvement) ne bénéficient pas vraiment de l’exposition que l’industrie du luxe semble être prête à leur offrir. Aujourd’hui, la tendance des sapeurs est de se vêtir de marques du luxes Françaises, Italiennes ou Japonaises. À quand le temps où ces sapeurs capitaliseront leur influence ?

Il s’agirait ici de se lancer, oser, innover et surtout protéger ses créations ou inventions. Et c’est là que le bas blesse: les sapeurs consomment sans toutefois penser à investir dans ce qui les distingue des autres dandys. Ils achètent, dépensent, innovent, mais ne se sont toujours pas organisés de manière à être crédités et rémunérés pour leur créativité.

Néanmoins, disons-le, des initiatives comme celles du Bachelor , qui tient sa boutique Sape & Co naissent petit à petit, et ce n’est pas pour nous déplaire car à une époque où l’entrepreneuriat est encouragé et de plus en plus facilité, il serait dommage que d’autres exploitent un savoir-faire propre à ces sapeurs.  

             

Car la menace économique qui pèse sur ce mouvement est belle et bien réelle. Si les sapeurs ne clament pas une certaine propriété intellectuelle sur la création de ce mouvement, les exemples ci-dessus nous montrent bien que le monde du divertissement et ses acteurs sont eux, prêts à capitaliser cette influence, non seulement en termes monétaires, mais en rayonnement pour leurs créateurs. Et dans le cas échéants, les sapeurs Congolais n’auront que leurs yeux (et leurs mouchoirs de poche Gucci) pour pleurer sur cette bien triste appropriation culturelle. 

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