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7 minutesSelf-Made, la série Netflix : l’avis de la rédaction

Le 20 mars dernier sortait la première et unique saison de Self Made sur Netflix. La série de 4 épisodes retrace la vie de la première femme afro-américaine à devenir millionaire, Sarah Breedlove. Au cours de la narration, l’œuvre dépeint le portrait de celle que nous connaissons plus communément connue sous le nom de madame C.J. Walker, mais aussi celui de sa rivale et grande oubliée de la narration : Annie Malone (représentée par le personnage d’Addie Munroe). Voici ce que nous en avons pensé.

Les points positifs

En tant que femme noire et communicante professionnelle, j’ai apprécié la mise en exergue d’un fait pourtant triste : la manière dont les techniques de vente de produits capillaires aux femmes noires n’ont pas changé. Comme à l’époque d’Addie Munroe, le culte de la longueur et l’impératif d’évoluer vers une texture moins crépue continuent de faire rage dans les campagnes de nos marques favorites, et malheureusement, c’est cet espoir d’y parvenir, né d’un complexe et d’une haine profonde de son cheveu crépu et court au naturel, qui stimule l’achat. C’est ce même espoir qui a alimenté le changement profond du paysage des créatrices de contenu les plus plébiscitées dans le mouvement Nappy. But that’s a story for another day.

J’ai également aimé combien la scène où Addie et Sarah se font concurrence à l’église prouve que mener une campagne marketing efficace, c’est être là où est sa cible, au bon moment. À leur époque, ces endroits étaient physiques : les lieux de cultes, les marchés, les soirées mondaines, les matchs de boxe, etc.

Scène de self madeSource : Netflix

J’ai aussi beaucoup apprécié la mise en lumière de certaines réalités qu’une femme noire qui entreprend peut expérimenter : la difficulté à trouver du capital, les barrières sexistes à nos réussites, la solitude, la compétition, l’incompréhension, mais aussi la solidarité et les exploits qui en découlent quand plusieurs femmes noires se soutiennent.

Scène de self madeSource : Netflix 

Au-delà de tout ça, la réalisation est très agréable, le casting irréprochable, et la bande originale intéressante. Mais comme vous devez vous en douter, toutes les adaptations cinématographiques ont leur part d’interprétation. C’est là qu’interviennent les points négatifs de la série.

Une fiction inspirante… mais une fiction néanmoins 

Le premier défaut de cette série, c’est son titre : self-made. En tapant le terme sur Google, voici le premier résultat de recherche que vous trouverez, et son sens le plus communément compris.

Définition de Self Made
Source : Google

Seulement, voilà : dans l’entreprenariat, le self-made n’existe tout simplement pas. Si vous envisagez un jour l’entreprenariat, croire en ce mythe ne fera que vous enorgueillir, en plus de vous épuiser. Parce que quand on est « self-made », on n’a besoin de personne pour devenir riche. Pas même de clients pour croire en vous. Quand on est « self-made », on n’a reçu aucune formation, même sur Internet (qui demande qu’un utilisateur mette un contenu en ligne pour que tout le monde y ait accès). Quand on est « self-made », on n’a besoin de zéro investisseur pour soutenir les besoins de son entreprise, zéro partenaire, zéro sous-traitant, zéro fournisseur, zéro prestataire et zéro employé.

Si vous me trouvez une entreprise qui a prospéré dans toutes ces conditions, alors je vous tire mon chapeau.

Mais si nous en revenons au cas de Sarah, vous comprendrez pourquoi le titre ne colle absolument pas à l’histoire racontée. Sans l’aide d’Addie au début, Sarah n’aurait rien eu à vendre. Elle n’aurait peut-être même jamais envisagée de se lancer sur le marché des produits capillaires. Sans son mari et la maison de son beau-père, Sarah aurait certainement rencontré + de difficultés à s’installer à Baltimore. Sans sa fille, Lelia, son héritage n’aurait pas été perpétué. Je pourrais encore souligner plusieurs détails, mais vous l’aurez compris : personne ne se fait tout seul. Pas même Kylie Jenner.

Le second et le plus négatifs défaut de ce contenu Netflix, c’est qu’il est, pour une trop grande partie du scénario, fictionnel. Certes, il ne retire rien au mérite de Sarah Breedlove, mais il prive sa rivale historique, Annie Malone, de la gloire qu’elle mérite car après plusieurs recherches, vous vous rendrez compte qu’Annie Malone n’a rien d’Addie Munroe.

Annie Malone / Addie Munroe
Source : musée national de l’histoire et de la culture afro américaine / Netflix 

Annie Malone n’était PAS une femme au teint clair, n’a JAMAIS toquée à la porte de Sarah, et avait fondé une école, the Poro College Company, bien avant Sarah Breedlove. À travers l’histoire, cette école a formé plusieurs dizaines de milliers de vendeurs coiffeurs. C’est d’ailleurs dans cette école que la future madame C.J. Walker fera ses premiers pas.

Image de la Poro College Company.
Source: musée national de l’histoire et de la culture afro américaine

Annie Malone est elle aussi devenue millionnaire grâce à son entreprise, mais a vu cette dernière réduite à une toute petite fraction après la ruine que lui ont causé sa générosité, un divorce coûteux et la grande dépression de 1930.

Elle demeure dans l’histoire du peuple afro américain comme une philantrope, et l’une des plus grandes bienfaitrices de la célèbre université d’Howard, la fameuse HBCU à laquelle Beyoncé rend hommage dans le film « Homecoming ».

Compte tenu de ces faits historiques, je trouve extrêmement dommage que Netflix, plutôt que de raconter l’histoire de ces deux femmes noires ait décidé de pimenter la narration en inventant un scénario de toute pièce. Ils auraient pu nous montrer deux entrepreneures accomplies, ayant bâti leurs empires en donnant l’opportunité à des milliers de femmes qui leur ressemblait de devenir à leur tour maîtresses de leurs destins sans pour autant se faire la guerre. Ils ont préféré nous servir une storyline de rivalité qui surfe sur les douleurs de l’histoire esclavagiste et coloriste des États-Unis.

Pour ce dernier point, noterai le film à 5/10. En espérant que le fameux Hollywood noir rende un jour ses lettres de noblesse à Annie Malone (coucou Tyler Perry…).

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